Après multes recherches sur ce qui se passe en Italie, nous sommes toujours moins sûrs de la vérité au fur et à mesure des articles de presse. Un climat de désinformation semble régner sur ce sujet, dont les causes sont d'une certaine manière évoqués dans cet article, que nous avons traduit en français. L'original se trouve ICI . Nous ne savons toujours pas si l'agresseur de Giovanna Reggiani était Rrom, mais s'il l'est, qu'il soit condamné pour son acte car il l'a mérité. Nous ne savons pas non plus si les victimes de l'agression raciste par cette bande d'Italiens sont Rroms, mais qu'ils soient Rroms ou Roumains, là aussi c'est pareil: ils ont été victimes d'un acte raciste, et les racistes ne cherchent pas à comprendre que Rrom et Roumain ce n'est pas la même chose. La seule certitude pour l'instant, c'est que l'agresseur de Giovanna Reggiani a été dénoncé par une femme rrom.
Comme notre but n'est ni d'attisser des haines pour des bénéfices politiques, ni de se poser en victimes absolues, ni de maintenir le flou pour vendre le plus possible d'information voyeuriste et racismogène, nous disons tout simplement: nous ne savons pas! Parce que les journalistes ne veulent pas dire la vérité, et qu'il préfèrent faire durer le suspens pour vendre du papier, quitte à ce que le racisme fasse d'autres victimes. Il fut un temps où les journalistes avaient un proverbe: "quand on ne sait pas tout, on ne sait rien". Il semble qu'il soit transformé en: "quand on sait tout, on ne dit que ce qui se vend, et petit à petit". Puis, quand cette affaire se clarifiera devant les juges, aucun média n'en parlera, parce que "le peuple n'est pas intéressé par ça; il n'y a plus de sang, plus de peur, plus de haine".
Heureusement que l'internet laisse la possibilité de lire aussi des analyses comme celle-ci. Il y a là encore quelques zones d'ombre, mais on sent qu'elles ne sont pas volontaires.
"La brutalité
de l'événement concernant la pauvre Giovanna Reggiani nous a choqués,
mais il aurait fallu éviter qu'une tragédie atroce soit suivie par une autre
dévastatrice. L'Italie est en train d'attribuer à un peuple entier le crime
d'un seul homme » ont déclaré les dirigeants du Groupe EveryOne, Roberto Malini,
Matteo Pegoraro et Dario Picciau. Dans le climat actuel d'intolérance, le
courage de la femme rrom qui a dénoncé l'accident, - conformément aux lois
morales des Rroms eux-mêmes, qui excluent de leur communauté ceux qui
commettent des actes violents, - n'a pas suffi comme contrepoids. L'épisode a
donné force aux raisons des racistes, affaiblissant tant d'efforts faits pour
éduquer les intolérants. « Rappelons l'homicide du diplomate allemand
Ernst Vom Rath par le Juif polonais émigré en France Herschel Grynszpan :
un seul homme commit cet homicide, mais la propagande nazie l'a transformée en
faute de tous les Juifs d'Europe. Poussée à la haine raciale par les
institutions et par des mois de communication, la population allemande
participa activement à l'attaque féroce de tous les Juifs qui vivaient en
Allemagne et particulièrement des commerçants, les boutiques desquels ont été
détruits en une nuit, nuit qui passa dans l'Histoire comme la Nuit du
Cristal » - explique Roberto Malini de EveryOne, écrivain et chercheur sur
l'Holocauste. « Quand un événement devient le drapeau du racisme, quand
cet événement est suivi rapidement d'une série de mesures et d'actions contre
une minorité » - poursuit Malini, « là il faut poser quelques
questions importantes concernant la dynamique de ce même événement. Le fait est
que le décret sur les expulsions et l'organisation des déportations des Rroms
étaient déjà prêts et les premiers sont déjà sur le point d'être expulsés de
Milan, de Rome et autres villes italiennes » précisent les dirigeants de
EveryOne. Hier, le jour même de la publication au Journal Officiel du décret
sur les expulsions, une bande d'environ dix personnes a mis en œuvre, dans la
zone de Tor Bella Monaca à Rome, une honteuse « Nuit du Cristal »
complètement italienne. Le groupe des racistes, aux visages cachés de casques
et de cagoules, a agressé avec des bâtons des Rroms. La violente bagarre a eu
lieu sur le parking d'un supermarché Lidl de la rue Casilinia. Trois nomades
ont été blessés ; l'un d'entre eux se trouve en état grave à l'hôpital de
Tor Vergata, à Frascati. A Genes, Milan et dans d'autres villes italiennes ont
déjà commencé des rondes de chasse aux Rroms de la part de groupes racistes et
de vraies expéditions punitives. « Comme d'habitude, quand les victimes
sont Rroms, il est à attendre que les investigations des autorités n'aboutiront
pas à l'identification des coupables » affirment Malini, Pegoraro et
Micciau. Les dirigeants du Groupe EveryOne lancent alors un appel aux citoyens
et aux politiques italiens : « Nous devons construire de la
solidarité là où d'autres détruisent, humilient, foulent aux pieds, cassent,
déportent, frappent, brûlent. Nous devons être les semblables de Schindler, de
Perlasca, de Peshev, de Palatucci : peu de Justes dans une Italie qui est
en train de se perdre dans la cruauté la plus inique. Nous devons expliquer aux
jeunes la vérité, les éloigner des tentations d'un nationalisme absurde et les tenir
par la main sur la route de la fraternité entre les gens différents ».
Pour le Groupe EveryOne: Roberto Malini, Matteo Pegoraro, Dario
Picciau