Communiqué FCPE / FERC-CGT / GISTI / LDH / RESF / SNES-FSU
Les organisations
signataires ont pris connaissance avec la plus grande inquiétude des projets de
nouveaux programmes d'éducation civique pour le collège sur lesquels le
ministère de l'Education nationale a récemment consulté les enseignants
concernés.
Elles s'émeuvent en particulier de lire, dans la partie du programme de 3e
consacrée à la nationalité et la citoyenneté, un thème ainsi libellé : « La
diversité de la population sur le territoire national est prise en compte en
faisant apparaître (...) : la nature des droits civils, économiques et sociaux
accordés à tous les habitants régulièrement
installés sur le territoire national »
Cette formulation accrédite l'idée que les étrangers qui ne sont pas
régulièrement installés sur le territoire ne bénéficieraient pas de droits
civils, économiques et sociaux. Or, comme l'ont rappelé à de multiples reprises
les tribunaux et comme essaient de le faire savoir les associations de défense
des droits de l'Homme et les syndicats, les droits fondamentaux s'appliquent à
tous, y compris aux étrangers sans papiers.
Ceux-ci peuvent notamment faire valoir leurs droits à la scolarité, aux soins,
au mariage... [1]. Les grèves récentes de travailleurs
sans-papiers sont aussi venues rappeler que le Code du travail doit leur être
appliqué.
Bien sûr la politique de quotas d'expulsions et d'« immigration choisie »
conduit chaque jour le gouvernement à bafouer ces principes tandis que ces
dernières années se sont multipliées les politiques tendant à réduire les
droits de tous les étrangers. Il est particulièrement choquant que le
gouvernement, dont les actions en la matière ont été censurées à plusieurs
reprises devant les juridictions nationales et européennes, tente d'accréditer
auprès des jeunes collégiens l'idée selon laquelle ces politiques
circonstancielles et négatrices de ses engagements internationaux auraient des
fondements philosophiques universels.
Les organisations signataires ne resteront pas sans réagir devant ce qui leur
apparaît comme un nouvel usage scolaire de la problématique de l'identité
nationale dans ce qu'elle a de plus pernicieux. Elles seront particulièrement
attentives à l'ensemble des nouveaux programmes d'éducation civique et
dénonceront fermement toute tentative de transformer l'éducation civique en
prosélytisme en faveur d'une vision réductrice de l'immigration et des droits
de l'Homme.
Le 6 juin 2008
[1] Voir sur ce point la
note pratique du Gisti « Sans papiers mais pas sans droits »,
téléchargeable ici : http://www.gisti.org/IMG/pdf/np_sans-pap-pas-sans-droits_4.pdf