Les
données manquent cruellement. Pourtant, parmi les 11 bons élèves
européens qui comptabilisent les crimes racistes perpétrés sur leur
territoire, 8 ont enregistré, l'année dernière, une augmentation des
incidents xénophobes. C'est ce qui ressort du premier rapport publié
par la toute nouvelle Agence des Droits Fondamentaux, et présenté lundi
en commission des libertés civiles. Selon les mots du rapport, «la
violence et les crimes racistes restent une maladie sociale grave à
travers l'Europe».
France,
Danemark, Allemagne, Irlande, Pologne, Slovaquie, Finlande et Grande
Bretagne : dans chacun de ces 8 pays européens, le nombre de crimes et
violences racistes enregistrés était en hausse l'année dernière.
Crimes racistes : des résultats peu encourageants...et incomplets
Sur
les 11 pays européens qui comptabilisent les données pénales liées à
des actes xénophobes, seuls 3 ont donc connu une évolution positive en
2006 : l'Autriche, la Suède et la République tchèque semblent un peu
plus tolérants qu'auparavant, puisque le nombre de crimes racistes
déclarés y a baissé. Pourtant, la lutte contre le racisme a encore de
belles batailles à remporter.
Bataille
des données tout d'abord : si l'on ne peut souligner cette évolution
que dans 11 pays européens, c'est que la majorité des membres de
l'Union Européenne (UE) ne comptabilise pas les violences xénophobes
sur leur territoire -ou alors de manière inappropriée ou incomplète.
Pas de comptabilité, et donc pas d'analyse éclairante sur le phénomène
du racisme en Europe.
Pour
combler ces lacunes administratives, restent les Organisations Non
Gouvernementales (ONG), comme l'explique le rapport de l'Agence : « Dans
de nombreux États membres, lorsque les gouvernements ne communiquent
pas de statistiques officielles relevant du domaine pénal, les ONG
continuent de jouer un rôle complémentaire essentiel en compilant les
incidents racistes. »
Seul
bon élève européen en matière d'enregistrement des données : le
Royaume-Uni. A lui seul, il a compilé plus de rapports sur des actes
racistes que les 26 autres pays européens réunis. Un modèle à suivre ?
Le large éventail des discriminations en Europe Au
jour le jour, le racisme peut aussi se révéler dans de petits actes
quotidiens qui, s'ils n'ont pas la violence d'un crime, affectent les
plus « vulnérables ». Les immigrés, les réfugiés, les demandeurs
d'asile ou encore les Roms sont, d'après les statistiques, confrontés
aux plus nombreuses discriminations. Ainsi, le taux d'emploi
des minorités ou immigrés reste, dans la plupart des Etats-membres,
inférieur à la moyenne nationale. Au point que certains pays, comme la
Suède, ont mené des projets de candidatures anonymes pour accroître la
diversité ethnique sur le marché de l'emploi. Car un nom à consonance
arabe, selon des études du même pays scandinave, réduit
considérablement les chances de trouver un emploi, à qualifications
égales. En matière de logement,
il n'est pas rare dans plusieurs pays européens de lire des petites
annonces garantissant au potentiel locataire l'absence « d'étrangers »
dans le bâtiment. L'auteur belge d'une telle annonce a été condamné en
2006 à 3 ans d'emprisonnement avec sursis. L'école
n'est pas épargnée par les ségrégations. L'Agence des Droits
Fondamentaux cite ainsi le cas de la République tchèque, où plus de la
moitié des élèves Roms sont inscrits dans des écoles spécialisées ou
pour enfants handicapés. Des programmes ont été mis en place pour y
pallier, mais un gros travail reste à faire. Des directives européennes anti-discriminations existent pourtant. Mais, selon l'Agence, « le
très faible taux de plaintes enregistrées en 2006 dans certains pays
donne à penser que les victimes ne connaissent pas la protection légale
à laquelle elles ont droit ». Un constat validé par un récent
sondage Eurobaromètre, selon lequel à peine 32 % des citoyens européens
disent connaître leurs droits au cas où ils seraient victimes de
discrimination ou de harcèlement. Il semble donc plus que jamais
nécessaire de sensibiliser les victimes potentielles.
L'Agence des Droits Fondamentaux, pas assez chien de garde ?
« J'aurais aimé que l'on donne à l'Agence plus de dents, afin qu'elle devienne un vrai chien de garde » :
voilà comment la députée néerlandaise Sophia In't Veld (ALDE) a
critiqué le mandat limité de la nouvelle Agence des Droits
Fondamentaux. Une position largement soutenue par ses collègues de la
commission des Libertés civiles. Quel avenir pour cette agence basée
à Vienne, née le 1er mars dernier, si neuve qu'elle n'a pas encore de
directeur ?
Le
Conseil de l'UE -l'institution qui représente les Etats-membres- n'a
pas obligation de venir témoigner régulièrement devant l'Agence, mais
seulement « s'il en a envie », a regretté le socialiste
italien Claudio Fava. Un manque de contrôle et de responsabilité qui
pourrait réduire l'impact des travaux de l'Agence -et donc son
importance, selon lui.
Car l'ambition est grande : l'Allemand Manfred Weber (PPE-DE) a affirmé que l'Agence devait être « un modèle de référence des Droits de l'Homme à travers le monde ». Et qu'il fallait, pour cela, éviter toute politisation de son travail et de son fonctionnement.
Source: site web du Parlement européen