Nous avons reçu ce communiqué du RESF Paris, qu'il nous semble important de diffuser. En effet, nous parlons beaucoup de nous mêmes sur ce blog, parce qu'il a été conçu justement pour cela, pour qu'on puisse nous exprimer nous, Rroms, sur nous mêmes et équilibrer un peu les voix qui parlent sur notre peuple. Cependant, nous ne sommes pas autistes, loin de là. La rubrique "Solidarités" de ce blog, où nous publions ce communiqué, est pour nous le moyen de nous placer par rapport à d'autres et de nous positionner sur des questions plus générales, qui nous affectent ou pas, plus ou moins, mais sur lesquelles nous sommes sensibles.
Il a pu être dit que le traitement des Rroms dans un pays témoigne du niveau de démocratie qui y est appliquée. C'est peut-être vrai. En tout cas, il y a une autre chose qui est encore plus évidente: nous avons souvent été les cobayes de politiques de répression et de déshumanisation, dont le champ d'application a rapidement été étendu à d'autres que nous.
C'est aussi pour cela que nous nous sentons le devoir de mettre en garde. Nous avons parlé dans notre dernier message de ce qu'a representé pour les Rroms, Sinté et Kalé de France le séjour d'un certain N.S. place Beauvau. C'est fondamentalement contraire à notre philosophie que de se poser en victimes, et nous nous refusons de traiter quiconque de victime. Le communiqué ci-dessous s'inscrit dans cette même logique, en ce qui concerne les "sans papiers". Notre message est simple:
NE NOUS HABITUONS PAS A LA REPRESSION ET A L'HUMILIATION, C'EST LA CHOSE LA PLUS HORRIBLE QUI PUISSE ARRIVER A UN ETRE HUMAIN!
(association "La voix des Rroms")
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Réseau Education Sans Frontières (RESF)
Paris le 20 mars 2007
Répression et chasse aux étrangers : un
pas a été franchi.
Hier et ce soir, des incidents graves se sont produits
lors de rafles effectuées dans nos quartiers à Paris.
Lundi 19 mars en fin
de journée, nous avons assisté, révoltés, à une tentative d'arrestation
devant l'école maternelle Rampal d'une dame venue chercher une petite
fille à la sortie de l'école.
Malgré l'intervention des parents présents, et
celle d'enseignants, les policiers ont fouillé et interrogé cette femme, prenant
de haut les protestations, devant les enfants et parents traumatisés. Ils l'ont
ensuite emmené pour une destination qu'ils n'ont pas voulu préciser,
laissant la petite fille désemparée... Suivis et à nouveau
« interpellés » par des parents de façon véhémente, les forces
de l'ordre ont fini par relâcher leur proie plutôt que de provoquer une émeute.
Cet incident a eu lieu lors d'une énième rafle dans le quartier de
Belleville.
Ce soir, mardi 20 mars, au même endroit, après plusieurs
allers-retours dans le quartier, les policiers ont finalement assiégé un café
(situé à l'angle de 4 écoles, les écoles Lasalle et Rampal), et y arrêtant,
notamment, un grand-père de 2 enfants scolarisés aux écoles Piver et
77, bld de Belleville. Après l'avoir été maintenu dans le café pendant
plus d'une heure, la police décidait d'embarquer ce grand-père juste avant la
sortie d'école de 18h. Les parents d'élèves, des enseignants, les militants de
RESF et les habitants du quartier tentaient d'intervenir. La réaction des
policiers fut immédiate : ils cherchaient violemment à disperser la
mobilisation, n'hésitant pas utiliser la violence physique et un peu plus tard à
asperger la rue de gaz lacrymogène. Les parents présents aux sorties d'écoles,
avec leurs enfants et leurs poussettes, atteints par les puissants gaz
lacrymogènes, se réfugiaient dans l'école élémentaire Lasalle pour fuir cette
scène particulièrement traumatisante. Le grand-père a finalement été emmené
dans un commissariat du 2ème arrondissement.
Quelque temps après, les rafles
se poursuivaient à Goncourt et à la rotonde de Stalingrad. Non contents
d'augmenter la cadence des contrôles au faciès, parfois en dehors de tout cadre
judiciaire, les fonctionnaires de police ont donc choisi cette fois de violer le
dernier refuge des valeurs de la République, à savoir l'école.
Le Préfet de
Police de Paris aurait tort de sous-estimer la colère grandissante que
provoquent ces procédés iniques et circonstanciels dans les quartiers dits
« populaires ». La peur cède peu à peu à la détermination d'y mettre
fin, on l'a vu ce soir. Nous partageons cette détermination. Le procédé de
rafle est en lui-même odieux parce qu'il bafoue l'ensemble des droits
fondamentaux des personnes humaines. Et doublement insupportable quand les
institutions de la République sont elles-mêmes visées. Nous rappelons aussi
les garanties données à RESF à deux reprises pendant l'été 2006 (le 5
juillet et le 27 juillet) par la Préfecture de Police : qu'il n'y aurait pas
d'interpellations dans et aux abords des établissements scolaires.
Désormais, devons-nous tenir pour caducs ces engagements ?
Pour le
Comité de soutien Lasalle-Rampal,
Maria Clark, 06 18 01 07 63
Thérèse
Coriou, 06 82 18 39 14
Dominique Perez, 06 84 52 00 41
Pour RESF
Paris,
Brigitte Wieser 06 88 89 09 29
Anthony Jahn
06.61.98.45.18