• M. Achille MBEMBE, Professeur de sciences politiques et d'histoire à l'Université de Witvatersrand de Johannesburg, a publié un article fort intéressant suite à la visite du président de la République française à Dakar. Nous en reproduisons ici en italique un passage, car, on croirait que M. Mbembe parle du regard porté sur les Rroms. En effet, il suffit de remplacer "Africain" par "Rrom", et le texte reste tout à fait pertinent et représentatif de ce que les Rroms sont pour l'homme ordinaire. C'est l'histoire d'un colonialisme qui dure dans les esprits, d'un colonialisme sans frontières

    "En effet, « l'homme africain » du président Sarkozy est surtout reconnaissable soit par ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas ou ce qu'il n'est jamais parvenu à accomplir (la dialectique du manque et de l'inachèvement), soit par son opposition à « l'homme moderne » (sous-entendu « l'homme blanc ») - opposition qui résulterait de son attachement irrationnel au royaume de l'enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et à un âge d'or qui n'a jamais existé.

    Pour le reste, l'Afrique des « nouvelles élites françaises » est essentiellement une Afrique rurale, féérique et fantôme, mi-bucolique et mi-cauchemardesque, peuplée de paysans, faite d'une communauté de souffrants qui n'ont rien commun sauf leur commune position à la lisière de l'histoire, prostrés qu'ils sont dans un hors-monde - celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue « solidarité africaine », « l'esprit communautaire » , « la chaleur » et le respect des aînés."

     

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  • Saint-Ouen Luttes n° 67 – juillet 2007


    « Regarde-la ma ville, Elle s'appelle Bidon, Bidon, bidonville, Vivre là-dedans c'est coton [...]Donne-moi ta main camarade, J'ai cinq doigts moi aussi, on peut se croire égaux [...]

    <wbr> <wbr> <wbr> Claude Nougaro – Maurane

    A Saint-Ouen, tout au bout de la rue Ardoin, près de la Seine, un bidonville étale la simplicité de la misère engendrée par l'implosion des sociétés d'Europe de l'Est, la chute des murs et barrières douanières, la victoire du « libre » marché et de la « libre » concurrence dans l'Union Européenne des Actionnaires. Les laissés pour compte, les Rroms par exemple, sont traités comme des parias depuis des années. Avant la chute, ils avaient du travail, mais sont maintenant les plus durement frappés par le chômage. Alors ils font ce qu'ont fait nos arrière-grands-parents bretons, auvergnats, ce qu'ont fait les Espagnols, les Portugais, les Algériens, les Marocains et autres Africains dans les années 60 et encore maintenant : ils partent vers les villes où il y a du travail, en Europe de l'Ouest.

    Quel travail ? Du travail au noir dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration. « Continue, je te paie le mois prochain. » Parfois ils sont payés à la fin du 2ème mois, parfois non. « Tires-toi, tu n'auras rien du tout ». Ces tranches de deux mois de travail clandestin non payé sont fréquentes. Merci patrons. Quel recours ont-ils ? Recommencer ailleurs en espérant avoir plus de chance. Mendier. De recours légal il n'y en a pas. Même dans ces conditions, la concurrence est rude. En été les bordures du périphérique se couvrent de tentes occupées par des travailleurs et des étudiants des pays de l'Est qui, eux, ne sont pas des parias dans leur pays, mais qui sont aussi des chômeurs. Qui cherchent à rentrer au pays avec un peu d'argent. Les malchanceux, parfois n'ont même pas de quoi rentrer. Mais quand la chance est là, une journée de salaire ici, c'est le salaire d'un mois là-bas. Des étudiants bulgares gagnent en deux mois de quoi vivre pendant une année d'études. La situation des Rroms est différente. Rares sont ceux qui réussissent à gagner assez d'argent pour en envoyer un peu en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie pour améliorer la vie dans le ghetto où vit leur famille. La plupart sont cloués ici où la misère est moins rude que là-bas et le mépris des « braves gens » moins lourd.

    A cette extrême simplicité du malheur il y a uns solution extrêmement simple : « Oh des bidonvilles en 2007! Quelle honte! Enlevez ça de ma vue tout de suite ! » D'expulsion en expulsion, la misère et la précarité des Rroms augmentent chaque fois. Mais le problème n'est pas résolu.

    Les 8 millions de Rroms sont des citoyens européens, unis par une culture et une langue, le rromani, une langue indo-européenne. Un peuple sans territoire qui ne réclame pas de territoire. Mais le droit de vivre normalement dans les différents pays d'Europe, le droit aux « droits de l'homme et aux « droits de l'enfant » et à « l'égalité des chances », comme tout le monde.

    Un début de solution, c'est par exemple à Aubervilliers, un terrain de la commune où doivent être aménagées des maisons préfabriquées, à Bagnolet, la construction de chalets, après plusieurs années d'hébergement chaotique dans un immeuble municipal désaffecté. Un début de solution c'est l'accompagnement social permettant de trouver un travail moins précaire, de scolariser les enfants, de s'intégrer à terme dans un logement classique, c'est le budget de « Résorption des bidonvilles » dégagé par le conseil Général et qui n'est efficace que si les municipalités l'utilisent.

    Un début de solution, c'est que les municipalités aient moins peur de s'atteler au problème parce qu'elles auront moins peur des réactions de leurs administrés les plus simplistes. Un début de bonne solution, c'est ta solidarité, habitant de Saint-Ouen.

    Donne-moi ta main, camarade, Tu as cinq doigts toi aussi, Tu peux te rendre utile !

    <wbr> <wbr> <wbr> <wbr> <wbr> Mathilde


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  • Quelques dizaines de personnes sont venus hier, samedi 30 juin à Sain-Ouen, suite à l'invitation des Rroms. L'occasion de se connaître un peu, pour certains, ou un peu mieux pour d'autres. Et ça marche... Autour d'un verre, de quelques gâteaux préparés par Dinarka et Isabelle, d'autres grignotages apportés par les invités. Et ça discute de l'expulsion éventuelle, mais aussi de projets, de la scolarisation des enfants, de l'emploi des adultes. Sujets de la vie courante quoi... entrecoupés par quelques morceaux de musique et de danse.


     

    Et puis on se redonne rendez-vous pour lundi 2 juillet, à 19 heures, afin de maintenir cette dynamique de dialogue et d'action, en attendant aussi des nouvelles de la mairie, suite à la lettre que les associations "La voix des Rroms" et "Parada" lui ont adressée afin de demander un entretien avec Mme. la maire.

     


     


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  • Un forum-débat a eu lieu aujourd'hui à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) à Paris, sur l'instauration d'un ministère dit de « l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement ».

    Traités partout comme des étrangers, faisant systématiquement l'objet de toutes sortes de politiques "d'intégration", regardés trop souvent comme une couche sociale à problèmes, alors que nous sommes systématiquement porteurs d'au moins deux cultures, celle rromani et celle du pays où nous vivons, nous comprenons d'autant mieux l'importance de notre engagement dans ce débat.

    "La voix des Rroms" a donc participé à ce forum, et a soumis quelques propositions concrètes à cette initiative importante. Il s'agit en effet de mettre en place une structure associative d'éducation et de recherche, dans l'esprit de l'éducation populaire, associant des chercheurs, des militants, des citoyens...

    Cette structure aurait pour but de démontrer que l'association de l'identité nationale avec l'immigration au sein d'un ministère est dangeureuse. En substance, elle assurerait une activité d'observatoire du dit ministère, decollectif de vigilance sur les appels d'offre lancés et de réseau de soutien aux réflexions et aux débats sur ce thème, aussi bien en France qu'à l'étranger.

    Pour se tenir informés de cette initiative et/ou pour y participer, vous pouvez vous rendre sur le site du réseau TERRA et vous inscrire sur la liste de diffusion.

    Dès réception de la déclaration finale de ce forum-débat, nous la publierons ici.

     


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