• Ils ont cru aux promesses d'aides de l'ANAEM.

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    Ion a 51 ans. Avec sa femme, Maria et sa petite fille de 11 ans, Gaby, ils sont partis en car avec le premier convoi organisé de Saint Etienne par l'ANAEM, le 11 septembre 2007, dans le cadre de la procédure « d'aide au retour volontaire ou humanitaire ».

    L'ANAEM accorde une somme d'argent pour les personnes qui retournent en Roumanie, paye leur voyage et les assure d'une aide substantielle pour leur installation sur place.

    Voilà ce qu'on peut lire sur le site de l'ANAEM :

    « Programme d'aide à la réinstallation en Roumanie

    Ce programme a pour objectif d'aider les Roumains en situation de grande précarité, regagnant leur pays après un séjour en France. Il prévoit, dans le cadre d'un partenariat avec des opérateurs locaux en Roumanie, un accompagnement personnalisé et des aides matérielles et financières à la création d'activités économiques en Roumanie.

    (...)

    Quelles sont les aides proposées en Roumanie ?

    - une formation professionnelle en lien avec le projet économique,

    - une étude de faisabilité du projet économique,

    - une aide financière au démarrage du projet à hauteur de 3660€ par projet,

    - une aide à la réalisation et au suivi du projet pendant un an,

    - un accompagnement social, si besoin.

    (...)

    Qui sont les opérateurs locaux ?

    - Association EQUILIBRE ROMANIA

    - FONDATION CRIMM

    - FONDATION KELSEN

    - ASSOCIATION HATNUTZA »

    (site de l'ANAEM : http://www.anaem.fr/article.php3?id_article=527 )

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    A l'époque Ion a touché 353€ : 153€ par adulte et 47€ pour sa fille (pour donner un ordre de comparaison le salaire minimum officiel en Roumanie est d'environ 130€ et le salaire moyen de 190€).

    Ion habite avec sa famille à Oravita, une petite ville d'une région minière au Sud est de la Roumanie, dans le quartier appelé « la zone de la gare » et surnommé « les immeubles fantômes » en raison de leur délabrement (portes des appartements défoncés, fenêtres cassées, pas d'eau courante, pas de gaz). C'est là que sont confinés les rroms. Il y loue un appartement composé d'une pièce et d'une cuisine.

    Arrivé en Roumanie dans la ville d'Oradia, à la frontière de la Hongrie, l'ANAEM lui a versé les 353€ avec le numéro de téléphone d'une association chargée de les aider dans un projet d'installation.

    Immédiatement arrivé chez lui, Ion a téléphoné. Quelque temps après, une personne, prénommée Titel, lui a donné rendez vous devant l'hôtel Caras d'Oravita. Ils ont monté un dossier avec les photocopies des pièces d'identité de la famille de Ion. Ion et Maria ont signés. Le projet (décidé d'autorité part Titel) consistait à acheter des brebis pour une valeur de 7000€. C'est Titel qui achetait les brebis, Ion ne devait rien toucher en argent. Bien sûr comme Ion et sa famille ne pouvait pas s'occuper de ces brebis en ville dans leur quartier, Titel leur a demandé de trouver d'autres personnes à la campagne pour monter ensemble une association. Titel leur a donné un délais d'un mois, le temps de faire valider le dossier à Bucarest par une personne de France. Il devait ensuite les rappeler.

    Au bout d'un mois, sans nouvel, Ion a rappelé. Titel a dit qu'il fallait encore attendre. Un mois après toujours sans nouvel Ion a rappelé une nouvelle fois. C'était pendant les fêtes de Pâques, il fallait encore attendre, mais Titel leur a bien recommandé de ne pas repartir en France, sinon ils perdaient les brebis. Ion a ensuite rappelé plusieurs fois. Titel disait toujours qu'il viendrait à Oravista la semaine suivante.

    Ion a dû appeler une vingtaine de fois. Titel, représentant de l'association roumaine chargée normalement d'aider à la mise en route du projet d'installation, n'a jamais rappelé Ion après leur première et unique rencontre.

    Lors du dernier appel, le fameux Titel s'est mis en colère, a demandé qu'Ion arrête de lui téléphoner, « Je sais ce que j'ai à faire » a-t-il dit.

    Aucune aide n'a été apportée à Ion et à sa famille. Ion avait demandé à un moment une aide de 300€, refus. Il fallait attendre les brebis.

    Ion a finalement abandonné et est revenu en France, à St Etienne, le 9 juin 2008, dix mois après son départ avec l'ANAEM.

    Ion ne se rappelle plus du nom de l'association roumaine qui devait l'aider. Mais il a son numéro de téléphone ( +402622223494) et la ville du siège social, Baia Mare. D'après le site de l'ANAEM c'est le siège de la Fondation Kelsen.

    Voilà un exemple précis de la façon dont les choses se déroulent concrètement. Aucune des personnes reparties de St Etienne avec l'ANAEM, dans le cadre du programme d'aide au retour volontaire, n'a bénéficié d'une aide à l'installation.

    Juste une précision : Gaby, la fille de Ion et Maria, était scolarisé régulièrement avant le départ de la famille, avec de bons résultats. Elle ne l'a plus été en Roumanie. Question d'argent : les enseignants demandent sans cesse de payer pour du mobilier, l'entretien... font pression sur les enfants des familles qui ne versent pas. Les parents de Gaby sont trop pauvres pour verser quoi que ce soit. De retour à St Etienne, elle est immédiatement retournée à l'école...dix mois après !

    Georges Günther (membre de "Solidarité rroms", Saint-Etienne http://solidariterroms.mi-blog.net)


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  • Demain commence le fichage des Rroms à Milan. Groupe EveryOne: "La société civile doit s'opposer à ces mesures racistes qui frappent tous les Rroms et les Sinti, du mendiant le plus pauvre et le plus marginalisé aux noms célèbres des footballeurs Ibrahimovic et Pirlo."
    Même les témoins du génocide  Antonia et Goffredo Bezzecchi seront soumis à l'humiliation du recensement ethnique. "J'ai honte d'être italien," dit George Bezzecchi, enfant de la Shoah.
    Dimanche, 8 juin, marche des Rroms dans la capitale: un défilé pour dire « assez » à la campagne de persécution.

    Demain,  6 juin, commence le fichage des Rroms et des Sinti vivant à Milan. Il s'agit d'un recensement effectué par la police uniquement fondée sur l'appartenance ethnique. Le groupe EveryOne a exprimé une vive protestation contre cette mesure et a pris contact avec la Préfecture de Milan pour demander les détails d'un tel fichage. La réponse est claire: le fichage concernera tous les citoyens Rroms, Sinti et Kalé qui vivent à Milan. "Devant notre question, - ont déclaré les dirigeants du Groupe EveryOne Roberto Malini, Matthew Pegoraro et Dario Picciau, - la réponse est claire. Tous les Rroms et les Sinti stationnées sur le territoire milanais seront photographiés et catalogués, sans exception. Les Rroms et les Sinti illustres, comme Zlatan Ibrahimovic, Sinisa Mihailovic et Andrea Pirlo seront interrogés, soumis au relevé des empreintes digitales et de données biographiques  inscrits sur les listes de la préfecture et du Haut Commissaire extraordinaire à l'émergence rrom ". C'est une opération fasciste et raciste contre laquelle la société civile doit se rebeller avec toutes ses énergies, pour empêcher le retour des idéologies qui ont justifié la persécution et les massacres ». A la protestation du Groupe EveryOne se joint celle de George Bezzecchi, vice-président national de "Opera Nomadi », qui travaille depuis des années à promouvoir l'intégration sociale, politique et culturelle des Rroms à Milan.
    "Rappelons-nous que George est le fils de l'Holocauste, parce que son père Goffredo et sa mère Antonia ont été internés dans un camp de concentration, qui ils ont heureusement survécu, tandis que le grand-père a été assassiné à Auschwitz-Birkenau. Le père et la mère de George, témoins de l'Holocauste seront eux aussi fichés, comme ils l'ont été à l'époque de Mussolini et d'Hitler ». Ces derniers jours Nedo Fiano et Ohni Ohnaus, survivants d'Auschwitz, ont protesté aussi  avec indignation contre les mesures raciales dont font l'objet les Rroms et les Sinti en Italie. "Ce qui se passe aujourd'hui  sous nos yeux en Italie fait froid dans le dos», a commenté Giorgio Bezzecchi. "Je lance un appel à la société civile pour qu'elle soutienne les Rroms et des Sinti de Milan et je rappelle que demain, sera fiché aussi mon père, un citoyen italien qui a subi la persécution nazie avec l'internement dans le camp de concentration de Tossicia. J'ai honte d'être italien et chrétien, en ce moment tragique pour la démocratie et  la culture en Italie. Vous ne pouvez pas accepter tout cela, nous devons crier notre désaccord à cette politique raciste, incivile, inhumaine ". Donnons un sens encore plus important à la marche des Rroms qui se tiendra à Rome, au départ du Colisée à 16 heures et l'arrivée au Foro Boario". Après Madrid, Londres, Bucarest et Bruxelles, dans la ville du Capitole aussi les Rroms et les Sinti manifesteront contre les lois raciales, l'exclusion et la persécution. « Aux côtés de l'association Thèm Rromano, le Groupe EveryOne et des dizaines d'organisations de droits de l'homme, - ont dit les dirigeants d'EveryOne, défileront dans un cortège pacifique des centaines de Rroms de Casilino 900 et d'autres établissements. Des personnalités de la politique, de la culture, de l'information et du spectacle scanderont un slogan unique, forgé par le grand artiste et activiste rrom Santino Spinelli : «Nous sommes tous avec les Rroms». Le peuple rrom et l'antiracisme italien écriront à Rome une page historique, en demandant la fin de la campagne de persécution et qu'un peuple pacifique, qui depuis des siècles contribue à construire le génie européen, se voie enfin reconnâitre le droit d'exister et d'avoir la possibilité de se créer une vie digne au sein de la société italienne ».

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  • Si vous êtes un habitué de notre blog, vous vous demandez peut-être comment se fait-il que nous n'ayons pas dit un mot sur ce qui s'est passé à Draguignan. C'est que nous avons préféré attendre pour traiter le sujet avec la sérénité nécessaire.

    Les faits :

    Joseph Guerdner était un jeune homme de 27 ans, marié, trois enfants et vivait à Brignoles. Faisant l'objet d'un contrôle judiciaire, il s'était rendu à la gendarmerie pour un pointage. Les gendarmes profitent de cette venue pour le mettre en garde à vue, car ils le soupçonnent d'avoir participé à un vol avec séquestration. On ne saura jamais si Joseph Guerdner avait été effectivement impliqué dans ce vol. En effet, le soir du vendredi 23 mai, alors qu'il est gardé à vue, il est autorisé à fumer une cigarette dans le couloir. Là, profitant d'une coupure de courant, il saute par la fenêtre, menotté, et tente de fuir. Un gendarme, dont le nom n'est mentionné nulle part, lui tire dessus à sept reprises. Joseph réussit à escalader un grillage, à entrer dans la cour d'une école à proximité et à grimper sur un arbre. Nous ne savons pas à quel moment les coups de feu ont été partis.

    La ministre de l'intérieur, Michelle Alliot-Marie, suspend le gendarme de ses fonctions et ordonne une enquête administrative. Les proches de Joseph Guerdner ont manifesté leur colère devant la gendarmerie, où trois véhicules ont été incendiés.

    Le gendarme est aussi arrêté et placé en garde à vue pour homicide volontaire. Lors de son placement en garde à vue, le procureur de la République a justifié cette mesure par Des syndicats de police et de gendarmes ont exprimé leur soutien au gendarme. Les collègues du gendarme ont préparé une manifestation pour le soutenir. Cette manifestation n'a pas lieu, sur les conseils de leur hiérarchie et du père du gendarme mis en cause, lui aussi gendarme à la retraite. Les juges d'instruction requalifient les faits en « coups ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner ».

    Un gendarme a-t-il le droit de tirer sur un fugitif ?

    L'utilisation par les gendarmes de leurs armes à feu est régie par une loi du début du 20e siècle, qui leur permet d'ouvrir le feu après sommation, même si leur vie ou celle d'un tiers n'est pas en danger. Cependant, la jurisprudence a considéré que les circonstances dans lesquelles un gendarme peut tirer doivent présenter les caractéristiques de la légitime défense.

    Citations et commentaires

    Michèle Alliot-Marie : "La mort d'un homme est toujours un drame, qu'elles qu'en soient les circonstances" . MAM a présenté ses condoléances à la famille de la victime et a demandé une enquête interne à la gendarmerie.

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    Parlant de cela, Christian Estrosi dit: "Quand on est un représentant de l'Etat, on doit toujours, avant d'agir ou de parler, être vigilant et veiller à ne pas heurter les acteurs de la sécurité publique ». "Ce qui se passe m'inquiète. Je ne voudrais pas qu'on donne le sentiment de jeter l'anathème sur la gendarmerie nationale". – est-ce que la gendarmerie nationale est un seul gendarme, et si oui, est-ce précisément celui qui tire sur le dos d'une personne, soit-elle fugitive d'une garde à vue ? Dans ce cas là, il y a de quoi s'inquiéter, M. Estrosi !

    Le Figaro : « Des expertises balistiques et une reconstitution du drame doivent être effectuées. Des examens radiologiques préciseront si la mort de José Guerdner, père de trois enfants, et qui, selon Lionel Escoffier, était déterminé à se soustraire à la garde à vue dont il faisait l'objet, pourrait également avoir été entrainée par son saut de 4,60 mètres d'une fenêtre de la gendarmerie. » - Ils pourraient aussi chercher le taux de cholestérol, tant qu'ils y sont, si ça se trouve il est mort de ça, et les trois balles qui l'ont atteint n'y sont pour rien. Jusqu'ou peut aller le cynisme quand il s'agit de « gens du voyage » ?

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    L'avocat du gendarme, Me Lionel Escoffier : "Il faut savoir qu'à 25 mètres d'où il a sauté se trouvaient des enfants qu'un militaire a fait rentrer. Il faut savoir aussi que dans la zone mitoyenne à la gendarmerie se situe une institution religieuse où il y avait des enfants en internat".

    "A ce moment-là, l'intime conviction du gendarme était qu'il y avait absolue nécessité de faire usage de son arme pour stopper l'évadé en tirant dans la nuit vers les membres inférieurs". Oui, sauf que cela s'est passé très tard dans la soirée, à une heure où les enfants dorment et ne sont pas en train de jouer dehors. Puis, l'autopsie a relevé que la balle était entrée au dos de la victime (donc pas aux jambes).

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    Enfin, nous ne citerons pas des commentaires d'internautes, mais vous invitons vivement à les lire sous les articles de presse sur internet. Une écrasante majorité de ces commentaires et d'un antitsiganisme pathologique. Est-ce les modérateurs qui font ce choix, en passant à la trappe les commentaires qui ne sont pas racistes ? Peut-être bien, mais ce n'est pas plus rassurant.

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    Tensions réelles et imaginaires

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    Depuis le début de cette affaire, des gendarmes mobiles ont été appelés en renfort dans la région, par crainte d'échauffourées. Certes, il y en a eu un tout petit peu, le soir qui a suivi le drame. Ceci étant dit, on exagère trop. Ainsi, Le Parisien du 28 mai 2008 titrait « Tensions et émotion chez les gens du voyage », mais à la lecture de l'article, qui comprend de nombreuses citations de la famille de la victime, on ne voit aucun signe de tension.

    « Le Post », titre lui « Gitan mort à Draguignan : on se battra jusqu'à la mort », un article où il est question UNIQUEMENT d'un combat en justice.

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    Perspectives

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    Hier soir, le gendarme a été remis en liberté sous contrôle judiciaire et a été évacué par hélicoptère pour des raisons de sécurité.

    Aujourd'hui, la famille, les proches et les amis ont accompagné Joseph Guerdner à sa dernière demeure. Suite aux funérailles, ils ont fait une marche silencieuse à Brignoles et à Draguignan. On pouvait lire sur une banderole : « Que justice soit faite ». Aucune violence n'a été commise. Les « gens du voyage » par la grâce de la République française savent se montrer dignes même dans des circonstances où il est très difficile de le rester. Ils gardent encore l'espoir en la justice, même si cet espoir est maigre, comme le disaient certains membres de la famille de Joseph aujourd'hui.

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    Espérons seulement que la dignité et le calme de ces gens ne sera pas pris pour manque de courage.


    Enfin, nous vous invitons à voir cette vidéo qui reprend les nouvelles des chaines télé sur cette affaire et qui donne quelques explications.


    6 commentaires
  • L'hypocrisie des autorités n'étonne plus personne, tellement elle est monnaie courante. Ce n'est pourtant pas pour autant qu'il faille s'en accomoder.

    Dans cet article du Monde, le secrétaire général de la préfecture de l'Essonne dit que ce sont les Rroms qui ont demandé de partir. Mensonge! C'est l'ANAEM qui leur a proposé ce départ. Ils l'ont accepté, pour certains, mais ILS NE L'ONT PAS DEMANDE! La nuance est importante.

    La justice avait décidé leur expulsion du terrain qu'ils occupaient. En face, l'administration (l'ANAEM et la préfecture en l'occurrence), proposent SEULEMENT de l'argent pour que les Rroms retournent en Roumanie. De l'argent....

    1. Combien?

    300 euros par adulte et 100 euros par enfant, dès l'arrivée en Roumanie.

    Sous réserve de présentation d'un projet, ce projet pourrait être financé, par l'intermédiaire de ce que l'ANAEM appelle "opérateurs locaux", à hauteur de 3660 euros.

    2. Comment?

    Nous avons rencontré ces Rroms la veille de leur départ. Ils ne savaient pas comment ils pourraient obtenir les 3600 euros. Beaucoup pensaient même qu'ils obtiendraient cette somme en liquide, tout comme les 300 euros, mais juste un peu plus tard. Connaissant le dispositif, nous les avons éclairés dans la mesure de nos connaissances.

    Le jour du départ, la directrice de l'ANAEM insistait devant les journalistes présents qu'il n'y avait pas d'ambiguïté sur la manière dont les 3600 euros pourraient être accordés. Evidemment, aucune ambiguïté, surtout que l'ANAEM avait bien expliqué les modalités du dispositif aux Rroms quelques jours auparavant, en français. Sans traducteur. A des Rroms dont très peu comprennent le français, et quand ils le comprennent, ils le comprennent mal. Mais le langage administratif ne laisse pas d'ambiguïté, ni aux Français, ni, encore moins, aux étrangers non francophones. Le jour du départ non plus il n'y avait pas de traducteur. Nous avons du traduire un peu. Rassurez-vous, on ne fait pas le sale boulot, c'était à la demande de Rroms qui posaient des questions. Encore, ils posaient des questions, devant les autocars dans lesquels ils montaient. C'est parce qu'il n'y avait eu aucune ambiguïté peut-être...

    3. Pourquoi?

    Evidemment, pour s'en débarrasser. Mais au-delà de ça, n'y a-t-il pas d'autres objectifs? On n'en sait rien, mais une chose est sûre: qu'il y ait ou pas d'autres objectifs, il peut y avoir d'autres conséquences. En effet, la médiatisation de ce "retour volontaire" avec ces sommes d'argent exhibées dans les médias, risque bien de renforcer ou de susciter un sentiment d'injustice chez ceux qui pensent qu'ils paient pour les autres. La xénophobie et l'antitsiganisme s'en retrouveront donc bien renforcés, sur une base rationnelle cette fois-ci, non seulement sur des préjugés.

    4. Pour qui ?

    Surtout pas pour les Rroms qui sont rentrés. Il peut toujours y avoir certains à qui le dispositif profitera réellement, qui monteront un projet d'élevage comme le projet le prévoit, mais il est permis de douter du succès massif de ce dispositif limité à un seul type de projet. Un certain nombre de Rroms disaient qu'ils voudraient utiliser cette somme pour construire une maison, car ils n'en avaient pas. Or il semble qu'ils ne peuvent pas bénéficier de cette aide pour construire un logement. D'autres, encore plus nombreux, disaient qu'ils ne connaissaient rien en élevage, surtout maintenant où on n'élève plus des brebis comme avant l'entrée du pays en Union européenne. Et effectivement, on sait le temps que les paysans français doivent passer sur les papiers, au lieu d'être avec leur bétail ou sur leurs champs...

    Alors, à qui profite tout ça ? En en dressant cette liste, nous ne prétendons pas à l'exhaustivité, car on ne connaît pas tout, ni du dispositif, ni, encore moins, de la manière dont les personnes impliquées agissent (la corruption n'est pas vraiment inexistante en Roumanie, ni en France).

    - La compagnie des autocars qui a assuré le transport Villabé – Roissy

    - La compagnie aérienne qui a assuré le transport jusqu'en Roumanie.

    - Les « opérateurs locaux » en Roumanie, par qui transiteront les fonds, qui assurent ainsi une activité en plus, avec éventuellement de l'embauche etc.

    - L'ANAEM, de la même manière – c'est son activité qui est en question, et toute structure se développe grâce à son activité

    - Les services de l'Etat tels que police, gendarmerie etc. – on les paie pas exprès pour cela, mais enfin, ils sont payés quand ils s'occupent de ces retours, pendant que des criminels peuvent se balader tranquilles.

    5. Aux dépens de qui ?

    De l'argent public. C'est-à-dire à vos dépens, car l'argent public c'est vos impôts. C'est d'ailleurs pour cela que nous nous inquiétons du racisme, ou de sentiments hostiles que ces « retours humanitaires » peuvent susciter.

    Ceci étant dit, nous sommes confiants que votre bon sens évitera ce risque. Car en fait, les 300 euros par adulte et 100 euros par enfants dans ce type d'opération ne représentent rien par rapport au coût global de l'opération. Même si on ajoute à cela les 3600 euros dont les Rroms peuvent bénéficier, ça reste encore dérisoire par rapport aux autres coûts, qui bénéficient à d'autres que les Rroms en question.

    Tout ça c'est bien du gâchis, un de plus. Ce n'est pas le dispositif en soi qui est mauvais, mais la manière dont on le met en œuvre. Sans aucun dialogue avec les intéressés, sans savoir s'ils ont un lopin de terre, sans même savoir s'ils ont vu déjà des brebis ailleurs qu'à la télé, on décide qu'ils doivent devenir bergers en Roumanie, leur pays. C'est ce qu'il faut comprendre dans cette histoire. Le but ce n'est pas du tout d'aider les Rroms à se réinsérer en Roumanie, mais bien de les expulser de France. Tout en sachant qu'ils pourraient bien revenir, car comme le disaient les agents de l'ANAEM, si le but de cette aide est que les bénéficiaires ne reviennent pas, rien n'assure qu'ils ne reviendront pas. Mais qu'importe ! On aura fait mine d'avoir traité le problème humainement. Puis, quand ils reviendront, on dira : « ils ne sont pas intégrables, ce sont des asociaux ; on les a aidés pour qu'ils recommencent une vie normale en Roumanie, mais ils ne veulent pas travailler, ils veulent vivre à nos crochets, de rapins, etc. etc. ». Et là, si le processus va à son terme naturel, il faudra créer des groupes d'autodéfense dans chaque terrain ou squat,voire aussi dans des quartiers populaires où vivent des Rroms.


    Aller simple pour Timisoara
    LE MONDE POUR MATINPLUS | 29.01.08

    © Le Monde.fr

     


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  • Villabé, dans l'Essonne (91) aujourd'hui au petit matin, vers 7 heures.

    Des Rroms de Roumanie se trouvaient dans cette ville depuis plusieurs années, sur des friches au gré des expulsions. L'ANAEM leur a proposé l'aide au retour volontaire à hauteur de 320 euros par adulte et 100 euros par enfant, puis, sur dossier, s'ils ont un projet économique en Roumanie, de le financer à hauteur de 3600 euros. Beaucoup ont accepté cette proposition et se sont vu remettre des attestations de "dépôt de demande" de cette aide.

    Ce matin, c'était le départ, avec des représentants de l'ANAEM, de la préfecture de l'Essonne, de la police municipale et de la gendarmerie. Mme. le maire de la ville était présente elle aussi, mais le sous préfet, présent sur les lieux, lui a dit qu'elle devrait venir plus tard. Elle est revenue donc lorsque les trois cars remplis étaient partis en direction de l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy.

    Selon le sous préfet, ces retours humanitaires ne comptent pas dans les chiffres d'expulsion. Quant à Mme. le maire, elle a tenu aux journalistes présents un discours rempli de plaintes, de ces gens qui feraient leurs besoin sur les tombes dans le cimetière, qui coupaient les fleurs des parcs pour les vendre etc. etc., et dont les riverains ne cessent de se plaindre. Il ne s'agit pas de ce terrain là, mais d'un autre un peu plus loin, selon elle. Les Rroms de ce deuxième terrain, qui sont à proximité du cimetière, vont y chercher de l'eau. Cette information est tout à fait crédible; quant au reste... a-t-on vraiment besoin d'aller sur les tombes pour y faire ses besoins? Puis concernant les fleurs, connaissant pas mal de ces Rroms, nous savons qu'ils les achètent au marché de Rungis et les revendent après en avoir fait de petit bouquets. Enfin, Mme. le maire s'est dite bien consciente du problème humain, après toute cette lithanie. Il fallait bien peut-être, devant les journalistes.

    Trois cars sont partis donc, avec environ 150 Rroms, qui croyaient à la promesse de 3600 euros. Tous disaient que si cette promesse n'était pas tenue, ils reviendraient rapidement en France. Hier, beaucoup disaient que ce type d'aide n'était pas adapté, car les 3600 euros sont censés financer des projets d'élevage. Or, ils n'ont pas de terrains où faire paître ces bêtes qu'on pourra leur acheter. Certains n'ont même pas de maisons et vivent dans des baraques. La priorité pour ceux-là c'est la construction d'une maison.

    Cela montre bien combien cette politique est réfléchie, et combien les Rroms peuvent y réfléchir, surtout lorsque les explications sont données en français, langue que beaucoup ne comprennent pas, sans traduction. Aujourd'hui encore, nous avons du intervenir à la demande de certains Rroms qui voulaient poser des questions aux représentants de l'ANAEM. Ce n'est pas dans nos habitudes, et ça ne risque pas d'y entrer, mais il y avait urgence: c'étaient des Rroms qui nous demandaient ce service...

    En tout cas, avant de se mettre à crier: "ils profitent de l'argent de l'Etat français", sachez que ce n'est pas ce qu'ils demandent. Ce qu'ils demandent, c'est de travailler ici en France et de gagner eux même l'argent qui leur est nécessaire. On le leur interdit. L'ANAEM, qui distribue cette aide au retour, récupère aussi les 893 euros que chaque employeur doit payer s'il veut embaucher des ressortissants roumains ou bulgares. N'y cherchez pas de logique, il n'y en a pas!

     


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