• Forum sur les minorités en France, avec l'experte indépendante de l'ONU

    Cinq associations rroms, parmi lesquelles "La voix des Rroms", ont participé aujou'd'hui au Forum avec l'experte indépendante des Nations Unies, sur les questions relatives aux minorités en France. Un échange fort intéressant, dont nous espérons qu'il produira quelque effet. Certes, il n'est pas du ressort de l'ONU de régler les problèmes que les minorités rencontrent en France, mais l'appui du rapport qui sera rendu par Mme. MacDougall sera évidemment un atout. Voici une note que nous avons présentée et remise, conjointement avec l'Union rromani internationale, le Centre AVER contre le racisme, le Centre culturel gitan et l'association "Ternikano Berno" (Cercle de la jeunesse):

     

    Note préliminaire à l'élaboration d'une stratégie de réduction des discriminations à l'égard des Rroms, Sintés et Kalés de France

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    présentée au

    Forum sur les questions relatives aux minorités en France

    Un échange avec l'Experte Indépendante des Nations Unies
    sur les questions relatives aux minorités,
    Madame Gay McDougall

    Jeudi 20 septembre 2007

    au siège de l'UNESCO, Paris



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    Il a été constaté à plusieurs reprises qu'existe un état alarmant de l'exercice des droits et des conditions de vie de certains citoyens français ou ressortissants étrangers en France, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de Rroms.

    Un exemple parmi tant d'autres de ce constat est le rapport récent de l'ERRC sur les Rroms en France, intitulé « Hors d'ici ! ». Au-delà de ce rapport d'une organisation non-gouvernementale, l'étude menée par le bureau de l'Ambassadeur aux droits de l'Homme en 2006 pointe lui aussi le traitement discriminatoire des « gens du voyage », y compris par des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

    Ces constats sont d'autant plus inquiétants que, la République française fondant sa législation sur le principe de l'égalité de tous devant la loi et interprétant de manière spécieuse la Constitution, les autorités françaises ne reconnaissent pas la notion de « minorité » sur son sol. Or, des discriminations existent bel et bien, tant positives que négatives et il convient dès lors de s'interroger sur la manière à la fois légale et légitime qui sera nécessaire pour établir les causes profondes des discriminations évidentes dont sont victimes les Rroms, non seulement en ce qui concerne les textes en vigueur, mais aussi la pratique quotidienne.

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    Schématiquement, on peut dire qu'il ne peut pas y avoir de racisme dans un pays tant que la loi ne reconnaît pas l'existence de divers groupes ethniques, parce qu'il ne peut y avoir de discrimination de quelque chose qui juridiquement n'existe pas. Ainsi, en République tchèque, il y a quelques années, la justice avait refusé de reconnaître la motivation raciste d'un meurtre dont fut victime un jeune Rrom, en prenant appui précisément sur l'absence de reconnaissance de la race par la loi tchèque. Les idées les plus nobles peuvent donc engendrer les pires perversions, surtout si les années passent et laissent le temps à une réaction sordide de les retourner contre leur but initial; avec l'installation de cette réaction, la perversion bénéficie d'appuis quasi professionnels ; elle devient systématique et très difficile à combattre.

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    Deux axes sont à distinguer pour arriver à une perception réaliste de la question :

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    A) Il est essentiel dans un premier temps d'établir une reconnaissance effective du peuple rrom comme population sans territoire compact, de dimension européenne, avec une histoire, une langue, une culture variée mais commune, composée de citoyens, pour la plupart français mais aussi parfois d'autres pays, tous attachés à ce pays qu'ils ont en commun avec d'autres populations : la France. La nouvelle conception de reconnaissance de langues et cultures diverses en France (diversité culturelle), constituant toutes ensemble un patrimoine national commun et donc éléments de d'échange et de rassemblement (au contraire d'éléments non-interpénétrables, propriétés spécifiques de "communautés") nous semble très judicieuse pour affirmer des droits consacrés par de nombreux instruments internationaux que la France devra bien finir par accepter comme une richesse, tout en combattant à juste titre les phénomènes de communautarisme. C'est de plus une approche qui mérite d'être diffusée au niveau européen pour combattre les replis communautaristes trop souvent encouragés et assurer une vraie stabilité à notre continent, tout en assurant à chacun l'épanouissement auquel il a droit dans sa/ses langue(s) et sa/ses culture(s).

    Par ailleurs l'identité est une dynamique positive émanant du groupe humain considéré et qui s'appuie sur des traits constructifs en termes de contribution au sein de la société générale, et non sur un " racisme commun", trait négatif, subi, extérieur, destructeur , jamais valorisant. De plus, les Rroms et les Gaʒés du voyage sont loin d'être les seules victimes de racisme, il y a des centaines de groupes humains, qui ne sont pas forcément riches d'une identité féconde (drogués, machistes, caïds, mafieux etc...). On ne peut mettre tous les groupes humains sur le même plan ni faire de toute identité une valeur en soi : il faut savoir de quel type d'identité on parle : repliée sur elle-même, néfaste, destructrice, véhiculant des contre-valeurs ou au contraire ouverte, positive, constructive et enrichissante.

     

     

    B) L'autre élément indispensable est la nécessité de distinguer le plan du mode de vie (sédentaire ou mobile, ce dernier partagé aussi bien par les forains et les bateliers que par les Sintés et Rroms Lovara ou Ćurara etc...) du plan de l'identité culturelle et linguistique qui est celui des Rroms, Sintés et Kalés. A cette distinction il est souvent répondu que les « GdV » ont une identité spécifique ; or cet argument n'est en rien pertinent, d'abord parce qu'il n'a rien à voir avec l'identité des Rroms, Sintés et Kalés, mais surtout parce que tout groupe humain développe une identité à lui, y compris les scouts, les polytechniciens, les taulards, les fans de Jennifer Lopez, les marins pêcheurs, les orthodoxes, les végétariens, les drogués, les machistes, les caïds, les mafieux etc...). En outre, toute identité est influencée par l'idéologie dominante et doit être considérée avec circonspection. C'est l'idéologie dominante qui a déplacé chez certains Rroms, Sintés ou Kalés l'identité ancestrale vers celle de « GdV » - au moins dans leurs déclarations aux officiels.

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    Et surtout, il faut éviter de centrer une identité sur la victimisation. Il est essentiel de souligner que le fait de centrer une identité sur la victimisation a deux conséquences très graves :

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    - on oblitère la véritable identité féconde d'un peuple réduit à la qualité d'objet de compassion – péché mignon des ONG qui traitent les membres de groupes qui ne répondent pas aux critères de la société dominante comme des enfants ou des handicapés mentaux, essayant de faire leur bien sans eux, en les muselant, les minorisant, leur accordant quelque obole avec une condescendance souvent inconsciente, tout en niant leur langue, leurs aptitudes, leurs coutumes, leur sensibilité en une sorte de culturocide paternaliste, ce qui est une forme de négationnisme ou d'amputation d'un patrimoine essentiel de l'humanité, et donc une attitude raciste dans son essence;

    - on met l'emphase sur la revendication catégorielle, le conflit social et la désintégration, donc l'agressivité défensive est rapidement récupérée comme offensive par la société dominante, et on renforce le racisme – en faisant de l'anti-racisme une marchandise avec ses lois du marché et des subventions.

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    Dans cette perspective, nous sommes inquiets de la tendance actuelle à reconnaître progressivement les « minorités visibles », car cette conception découle mécaniquement de la victimisation aveugle : une minorité n'est visible que parce que les autres la voient, et non pas parce qu'elle se sent vivre en tant qu'une entité en évolution, en contact et en échange avec d'autres identités qui l'entourent. Or, la « minorité visible » ne peut qu'être objet de politiques d'égalisation avec les autres, comme est pratiquée dans un certain nombre de pays la discrimination positive ou l'action affirmative. Ce type de politiques n'a pas fait ses preuves, et nous observons dans des pays d'Europe centrale ou dans les Balkans une dégradation sévère de la situation générale, parallèlement à la création d'une classe de caciques que la discrimination positive a mis au devant de la scène. Ces caciques n'ont que faire du bien de leur communauté et agissent seulement en qualité de vedettes, souvent marionnettes d'un pouvoir étranger à la communauté. Ils font souvent dans la communauté autant de mal que les racistes à l'extérieur – un lien existe d'ailleurs souvent entre les deux. L'idée qui sous-tend ces politiques est celle de l'égalisation au fur et à mesure que les différences s'effacent par l'ignorance persistante à leur égard. Sur le plan de l'efficacité, il suffit de rappeler qu'aucune politique, y compris violente, - n'a réussi à effacer totalement l'identité rromani. Sur le plan de l'éthique, il est inacceptable qu'au 21e siècle, alors que le discours sur la diversité élève celle-ci, à juste titre, au sommet des facteurs de cohésion, les comportements l'ignorent, ou au meilleur des cas la déforment et la relèguent à la sphère privée, poussent au repli communautaire et à des formes d'intégrisme.

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    Par conséquent, les associations signataires recommandent :

    1. La reconnaissance des Rroms, Sintés et Kalés comme une minorité sans territoire compact, présente en France depuis le 15e siècle, caractérisée par une origine indienne commune et une langue spécifique, également d'origine indienne, le rromani, référence commune aux Rroms, Sintés et Kalés partout en Europe et au-delà ;
    2. Le soutien à l'affirmation de cette identité rromani par des politiques publiques en tant que partie intégrante de l'identité nationale française et de l'identité européenne – y compris la promotion de l'usage du rromani dans l'enseignement et un effort soutenu pour faire connaître les Rroms, Sintés et Kalés à tous leurs concitoyens ;
    3. L'exploitation de manière optimale des possibilités existantes pour une affirmation saine et sereine de l'identité rromani, telles que l'existence d'une section d'études de langue et de civilisation rromanies à l'Institut des Langues et Civilisations Orientales à Paris, par :

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    a) L'utilisation optimale de l'expertise qui a pu se constituer dans cette section depuis 1997 dans le domaine de la recherche sur les Rroms afin de diffuser auprès du grand public des informations permettant de combattre toutes les formes d'antitsiganisme ;

    b) L'institution d'un programme de bourses pour les candidats à ces études, tant ressortissants français qu'étrangers, le cas échéant dans le cadre d'initiatives et de programmes internationaux tels que les programmes de l'Union européenne et le Fond pour l'Education des Rroms

    c) L'information qui est scandaleusement absente sur la question fondamentale « Qui sont les Rroms ? » allant de l'insertion dans les manuels scolaires d'explications sur notre peuple à la divulgation de l'internement et du génocide qu'il a subi lors de la seconde guerre mondiale, le silence sur ce point étant la preuve d'un négationnisme caractérisé : la masse des citoyens membres de la société dominante ne connaissant des Rroms que leur musique, qu'ils apprécient, mais ignorant totalement leur littérature, leur histoire, leurs coutumes.

     

    1. L'ouverture de l'espace public à l'utilisation de la langue rromani, notamment en ce qui concerne les médias et l'enseignement
    2. L'abrogation des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l'égard des «gens du voyage », et l'inscription immédiate de ceux-ci dans le droit commun
    3. Le traitement distinct, tant du point de vue des structures compétentes que des règles applicables, de la question du mode de vie mobile d'un certain nombre de citoyens d'une part et de l'identité culturelle des Rroms, Sintés et Kalés et d'autre part, ces derniers étant définis conformément au point 1.
    4. Alors que la mobilité est de plus en plus promue par les politiques publiques notamment dans le domaine professionnel, sa criminalisation lorsque ce sont des Rroms qui la pratiquent doit être supprimée de la législation. Le droit de circuler, impliquant aussi celui de stationner, de s'arrêter et de reprendre le voyage, tel que reconnu à l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme doit bénéficier de mécanismes législatifs nationaux lui permettant son exercice plein et entier.

    L'étude de l'histoire révèle que les Rroms, Sintés et Kalés ont toujours prospéré de manière satisfaisante en harmonie avec les règles des pays où ils vivaient, sauf là où ils étaient victimes d'antitsiganisme ou bien étaient réduits à l'assistanat par des politiques prétendues humanitaires, en réalités marginalisantes. Il est donc indispensable de combattre en profondeur toutes les racines de l'antitsiganisme – objectif qui peut être atteint en 20 ans si les politiques s'en donnent les moyens et de revoir également en profondeur les diverses formes de soutien aux Rroms, Sintés et Kalés pour transformer l'assistanat en dynamisation de l'éducation.

    Ceci ne peut se réaliser que si les deux axes évoqués plus haut sont pris en considération de manière effective et que si les actions entreprises en France sont articulées avec celles développées dans les autres pays de l'Union européenne et en même temps harmonisées avec la promotion des autres minorités en France, toujours dans une perspective de communication, de respect mutuel et d'échange citoyens.

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    Dr. Marcel COURTHIADE <st1:PersonName>Saimir MILE</st1:PersonName>

    Union rromani internationale La voix des Rroms

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    Jeanne GAMONET

    Centre AVER de recherche et d'action sur toutes les formes de racisme

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    Brahim MUSIĆ Jean SARGUERA

    Ternikano Berno – Youth Circle Centre culturel gitan

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  • Commentaires

    1
    isabelle
    Vendredi 21 Septembre 2007 à 14:20
    question
    je n'ai pas eu le temps et la tête pour lire l'intégralité du texte...je m'y replonge ultérieurement! mais une question juste en association d'idées...un service d'assistance sociale qui refuse de s'occuper de rroms résidant dans un squatt, sous prétexte que les rroms du squatt sont trop nombreux ... que déjà le service est surbooké par beaucoup de gens aux situations précaires et résidant de puis plus longtemps sur la ville....qu'il y a pas assez d'argent et qu'il faut faire appel à l'état car le conseil régional ou la région ne peut répondre aux trop nombreuses demandes... mais juste une question est-ce que le point de départ n'est pas leur origine rrom de roumanie...et qu'on ne sait pas quoi faire, quoi penser en france face à tous ces gens qui demandent d'avoir une maison et un travail. ils n'ont pas le même statut qu'un ss papier et en même ils sont dans une situation égale aux ss papiers...mais pour eux les vieux préjugés remontent à la surface: "voleurs de poule", "faire la manche est inscrit ds leur gêne"....et j'ai le sentiment qu'une fois encore ils ont une place très en marge...mais cette marge pas très confortable!? à méditer et ecriver pour échanger, svp?
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