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LA VOIX DES RROMS

Les Rroms acteurs - Parce que nous ne sommes pas forcément ce que les autres voient en nous

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Un petit mot à nos lecteurs


Bonjour et bienvenue sur notre blog D'abord, notez bien que la publicité qui paraît sur cette page (en haut du titre et sous le dernier billet) est la partie désagréable de la gratuité pour l'hébérgement. Evidemment, elle est automatique et en tant que rédacteurs, nous n'avons aucun moyen de contrôle dessus. En revanche, nous sommes fiers de notre partenariat avec le moteur de recherche solidaire hooseek.com et vous le recommandons de tout coeur. Grâce à hooseek, vous pouvez nous soutenir sans aucun effort, juste en faisant vos recherches sur internet. Cliquer sur le logo ci-dessous et découvrez le moteur de recherche solidaire qui aide les associations. Faites-en votre moteur de recherche favori, non seulement vous ne serez pas déçus, mais vous aurez fait aussi un acte citoyen.



Nous sommes un certain nombre de Rroms qui avons pris l'initiative de parler un peu de nous mêmes. Non pas parce qu'on ne parle pas assez de nous, mais parce que... souvent ce sont les autres qui le font à notre place. Alors, on s'est dit que ce serait peut-être plus normal que nous-mêmes on s'exprime un peu plus. Voilà tout. Nous avons créé l'association "La voix des Rroms" en 2005, puis lancé ce blog en mai 2006, pour vous tenir informés et dialoguer avec vous. Alors, nous vous souhaitons bonne lecture et surtout, n'hésitez pas à nous poser des questions, nous faire des suggestions ou des critiques.

Nous sommes aussi engagés dans différentes associations et intervenons souvent auprès du public sur des sujets concernant les Rroms, en France et en Europe. Si vous avez une demande en ce sens, n'hésitez pas à nous écrire à l'adresse
lavoixdesrroms@gmail.com

Vous pouvez écouter notre émission "La voix des Rroms" le troisième dimanche de chaque mois à 13h15 sur "Fréquence Protestante" 100.7

Et pour ceux qui sont un peu pressés, voici ce que vous avez toujours voulu savoir sur nous, sans oser nous le demander Clin d'oeil


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Qui sont les Rroms ?


Les Rroms sont un peuple d'origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 800 ans.
Ils sont aujourd'hui dispersés dans le monde entier, surtout sur notre continent. Parvenus en Europe par l'Asie Mineure et le Bosphore, ils se sont installés d'abord dans les Balkans, puis dans les Carpates et petit à petit dans tous pays européens, de la Grèce à la Finlande et de la Russie à l'Europe occidentale (Espagne, Portugal, France, Allemagne et Royaume Uni). On compte environ 12 millions de Rroms en Europe, les deux pays qui en abritent le plus étant la Roumanie et la Bulgarie.

Les Rroms au sens large se subdivisent principalement en Rroms dits "orientaux" (85% du total), en Sintés (souvent appelés Manouches en France ~ 4%) et en Kalés (ou Gitans ~10%), en Gypsies (ou Romanichals en Grande-Bretagne ~ 0,5%) - sans compter divers groupes de moindre importance numérique mais tout aussi Rroms que les autres Rroms. Au niveau européen, ils sont aujourd'hui sédentaires à 96%.

Les Rroms sont un peuple sans territoire compact, qui n'a jamais eu de revendications territoriales, mais qui est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes. Ils sont environ un demi-million en France.

Etre Rrom est une valeur positive indiscutable,
tout comme être Chinois, Argentin ou Français

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Et les Tsiganes alors ?

Le mot 'Tsigane' vient du grec Atsinganos; c'était le nom d'une secte qui a disparu au XIème siècle: bien avant l'arrivée des Rroms dans l'Empire byzantin, il y vivait cette secte, pratiquant une variante de la religion persane manichéenne (préislamique). Or, ses fidèles refusaient le contact physique avec tous les autres, qu'ils considéraient impurs. Les paysans byzantins les avaient donc appelés Atsinganos ("non touchés", mais ceci dans un sens très différent de la notion d'intouchable en Inde). Quand les Rroms arrivèrent à leur tour, venant d'Asie et gardant une certaine distance, les prirent pour un nouveau contingent de cette secte.

A partir de ce nom, Atsinganoi, les Rroms d'Europe furent diversement appelés en fonction des différentes langues des pays dans lesquels ils arrivèrent ensuite : Zingari en Italie, Tsigani dans les pays slavophones et en roumain, Zigeuner en allemand, Cigane en portugais, Tsigane en français (et Cigains en vieux-français)...

A part son caractère péjoratif (dans de nombreuses langues il véhicule les idées de menteur, voleur, parasite, magouilleur, malpropre ~ la liste est sans fin), ce mot de Tsigane n'a pas de définition réelle. Plusieurs groupes en effet, qui n'ont aucun rapport entre eux de par leur origine, leur culture, leur langue et leur regard sur eux-mêmes sont à l'occasion appelés Tsiganes par les populations environnantes, ignorantes et souvent racistes à leur égard. Ont pu être appelés Tsiganes les Irish Travellers (celtes), les Yéniches (germaniques), les Egyptiens des Balkans, les Rudar (ou Beás - à l'origine Roumains du sud de la Serbie) et bien d'autres, jusqu'aux pillards de la guerre de Bosnie... Dans l'esprit de la pratique désormais universelle, le 1er Congrès International des Rroms (Londres, 1971) a revendiqué le droit légitime de ce peuple à être reconnu sous son véritable nom de « Rrom » pour le désigner. On utilise parfois en France le terme "Rroms, Gitans et Manouches" pour spécifier les trois grandes branches de ce peuple.

Rroms et Gens du Voyage

De leur arrivée en Moldavie et Valachie au XIV siècle et jusqu'en 1856 les Rroms furent réduits en esclavage - et donc largement sédentaires. A peine 4 % de la population globale des Rroms (environ 15 millions) sont nomades. Ils n'ont jamais été nomades par culture, mais par nécessité : Pendant des siècles, ils ont été chassés de pays en pays, presque partout en Europe, sous peine des pires sanctions, y compris la peine de mort, parce que nés Rroms.... Ils tentaient donc de fuir violences et discriminations avec l'espoir de trouver un pays plus accueillant... Les gouvernements et les Parlements s'empressaient de promulguer des lois à leur encontre. Les états allemands à eux seuls ont voté cent quarante huit lois et décrets les concernant entre 1416 et 1774 ! Dans l'Espagne du 16ème siècle, tout Rrom (Gitan, en ce pays) surpris en train de parler sa langue maternelle était puni de mutilation... ce qui explique que le rromani s'y transforma en ce qu'on appelle le « Kaló », un idiome en fait plus espagnol que rromani...

Repoussés systématiquement, les Rroms d'Europe occidentale ont dû développer des moyens de subsistance adaptés à ce genre de vie : travaux agricoles saisonniers, travaux de réparation notamment de chaudronnerie, vannerie, voyance, maquignonnage, petit commerce ambulant... compatible avec la mobilité, dont certains sont aujourd'hui très fiers et qui constitue un Droit de l'Homme reconnu et pour l'exercice duquel tous les Rroms se battent.

Le rromani - qu'est-ce que c'est au juste?

C'est la langue des Rroms ! Elle est indiscutablement indienne et proche du hindi, langue de l'Inde. Son vocabulaire et sa grammaire de base sont indiens aux trois quarts. Le reste est constitué de vocabulaire emprunté principalement au persan, au grec et ensuite aux langues européennes de contact. Malgré sa prétendue diversité dialectale, le rromani est une seule et même langue et les Rroms de Russie, d'Albanie, de Grèce etc. peuvent très facilement communiquer entre eux en rromani - à la seule condition de ne pas l'avoir oublié...

Ecrit depuis le début du 20ème siècle dans des alphabets différents selon les pays, le rromani dispose depuis 1990 d'une écriture commune laquelle permet notamment une meilleure diffusion de la littérature rrom. Dans certains pays, comme la Roumanie, il est enseigné à l'école et, en France, l'INALCO dispense une formation complète en langue et civilisation des Rroms.


Rrom et Roumain, est-ce la même chose ?

Les Rroms sont un peuple européen d'origine indienne, réparti dans l'ensemble de l'Europe et au-delà. Les Roumains sont un peuple de 30 millions d'âmes vivant en Roumanie, en République de Moldavie et dans quelques régions voisines. Leur langue, le roumain, est une langue néo-latine.
Le mot « Rrom» vient du sanskrit « Ḍomba», qui signifiait "artiste, artisan, qui crée de son esprit, de ses mains", alors que « Roumain » vient du nom de la ville de Rome.

Il s'agit donc de deux peuples distincts ayant des origines, langues et cultures différentes. Certes, la Roumanie compte le nombre le plus important de Rroms - près de deux millions, mais c'est un hasard : tous les Rroms ne sont pas Roumains et tous les Roumains ne sont pas Rroms

Que signifie le terme Samudaripen ?

En rromani, ce mot veut dire veut dire « meurtre collectif total », et il désigne le Génocide du peuple des Rroms, Sintés et Kalés pendant la Seconde Guerre Mondiale.

N'oublions jamais, alors même que les historiens et les medias passent encore trop souvent cette tragédie sous silence, que la population rrom en Europe a perdu plus de 500 000 des siens entre 1933 et 1945. Les Nazis et leurs alliés de tous les pays ont persécuté, stérilisé, emprisonné, torturé, fusillé, et finalement gazé les Rroms dans les camps de la mort ou dans les bois. Etaient considérés comme Rroms ceux qui avaient au moins un arrière grand parent rrom.
Les Rroms en tant que peuple étaient condamnés à l'extermination (voir l'ordonnance d'Himmler de 1938) car quoique « aryens » ils étaient considérés par les nazis comme des parias, asociaux, « de sang métissé », donc dangereux pour le "sang pur allemand". Il ne faut pas oublier, au-delà des morts, tous les Rroms restés orphelins, veufs et veuves, stérilisés, traumatisés à vie dans leur corps et leur esprit par la folie nazie.

En 1997, le président des Etats-Unis Bill Clinton a choisi le professeur Ian Hancock, un intellectuel rrom, pour le nommer membre du U.S. Holocaust Memorial Council en tant que représentant du peuple rrom. Au cours des dix-sept ans d'existence de ce Conseil, c'était la deuxième fois seulement qu'un représentant rrom pouvait faire partie des 65 membres qui le composent. Lors du procès de Nuremberg qui jugea les criminels de guerre nazis, aucune déposition de Rrom ne fut entendue. Pourquoi ?????

On vient de commémorer le 60ème anniversaire de la libération des camps nazis,
et cependant, la population rromani attend toujours que le monde reconnaisse son martyre sous le régime nazi.
Jusqu'à nos jours, seules les victimes rroms de nationalité allemande ont reçu des « réparations » financières et sur le plan de l'histoire, presque rien n'est fait pour la reconnaissance du Samudaripen.

Le saviez-vous ?

Qu'ont en commun Django Reinhardt, Matéo Maximoff, Yul Brynner, Serge Poliakoff, Otto Müller, Camarón... ? Ils étaient Rroms !

A quoi correspond le 8 avril -
journé mondiale des Rroms?

Le 8 avril est une vieille fête des Rroms de Transylvanie - le "jour des chevaux" (sortie festive des abris d'hiver avec les chevaux ornés de guirlandes) mais elle a pris une nouvelle dimension plus récemment et beaucoup de Rroms de par le monde la célèbrent désormais comme la date du premier congrès mondial des Rroms en 1971. En ce jour important pour le peuple rrom, une pensée va tout naturelle-ment aux victimes du Samudaripen, déportés et tués parce qu'ils étaient nés Rroms. Pour que ce chapitre ignoble de l'Histoire ne se répète plus jamais, nous pensons qu'il est important que tous se rapprochent pour mieux se connaître. Si la mère du racisme est l'ignorance, son père est l'égoïsme, et c'est donc en faisant la connaissance de la culture rrom que la méfiance, l'hostilité, la haine et le mépris vis-à-vis des Rroms finiront par devenir un simple sujet d'étude pour les historiens...

SI MAN JEKH SUNO - aurait dit Martin Luther King


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Forum sur les minorités en France, avec l'experte indépendante de l'ONU | 20 septembre 2007

Cinq associations rroms, parmi lesquelles "La voix des Rroms", ont participé aujou'd'hui au Forum avec l'experte indépendante des Nations Unies, sur les questions relatives aux minorités en France. Un échange fort intéressant, dont nous espérons qu'il produira quelque effet. Certes, il n'est pas du ressort de l'ONU de régler les problèmes que les minorités rencontrent en France, mais l'appui du rapport qui sera rendu par Mme. MacDougall sera évidemment un atout. Voici une note que nous avons présentée et remise, conjointement avec l'Union rromani internationale, le Centre AVER contre le racisme, le Centre culturel gitan et l'association "Ternikano Berno" (Cercle de la jeunesse):

 

Note préliminaire à l'élaboration d'une stratégie de réduction des discriminations à l'égard des Rroms, Sintés et Kalés de France

présentée au

Forum sur les questions relatives aux minorités en France

Un échange avec l'Experte Indépendante des Nations Unies
sur les questions relatives aux minorités,
Madame Gay McDougall

Jeudi 20 septembre 2007

au siège de l'UNESCO, Paris

Il a été constaté à plusieurs reprises qu'existe un état alarmant de l'exercice des droits et des conditions de vie de certains citoyens français ou ressortissants étrangers en France, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de Rroms.

Un exemple parmi tant d'autres de ce constat est le rapport récent de l'ERRC sur les Rroms en France, intitulé « Hors d'ici ! ». Au-delà de ce rapport d'une organisation non-gouvernementale, l'étude menée par le bureau de l'Ambassadeur aux droits de l'Homme en 2006 pointe lui aussi le traitement discriminatoire des « gens du voyage », y compris par des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

Ces constats sont d'autant plus inquiétants que, la République française fondant sa législation sur le principe de l'égalité de tous devant la loi et interprétant de manière spécieuse la Constitution, les autorités françaises ne reconnaissent pas la notion de « minorité » sur son sol. Or, des discriminations existent bel et bien, tant positives que négatives et il convient dès lors de s'interroger sur la manière à la fois légale et légitime qui sera nécessaire pour établir les causes profondes des discriminations évidentes dont sont victimes les Rroms, non seulement en ce qui concerne les textes en vigueur, mais aussi la pratique quotidienne.

Schématiquement, on peut dire qu'il ne peut pas y avoir de racisme dans un pays tant que la loi ne reconnaît pas l'existence de divers groupes ethniques, parce qu'il ne peut y avoir de discrimination de quelque chose qui juridiquement n'existe pas. Ainsi, en République tchèque, il y a quelques années, la justice avait refusé de reconnaître la motivation raciste d'un meurtre dont fut victime un jeune Rrom, en prenant appui précisément sur l'absence de reconnaissance de la race par la loi tchèque. Les idées les plus nobles peuvent donc engendrer les pires perversions, surtout si les années passent et laissent le temps à une réaction sordide de les retourner contre leur but initial; avec l'installation de cette réaction, la perversion bénéficie d'appuis quasi professionnels ; elle devient systématique et très difficile à combattre.

Deux axes sont à distinguer pour arriver à une perception réaliste de la question :

A) Il est essentiel dans un premier temps d'établir une reconnaissance effective du peuple rrom comme population sans territoire compact, de dimension européenne, avec une histoire, une langue, une culture variée mais commune, composée de citoyens, pour la plupart français mais aussi parfois d'autres pays, tous attachés à ce pays qu'ils ont en commun avec d'autres populations : la France. La nouvelle conception de reconnaissance de langues et cultures diverses en France (diversité culturelle), constituant toutes ensemble un patrimoine national commun et donc éléments de d'échange et de rassemblement (au contraire d'éléments non-interpénétrables, propriétés spécifiques de "communautés") nous semble très judicieuse pour affirmer des droits consacrés par de nombreux instruments internationaux que la France devra bien finir par accepter comme une richesse, tout en combattant à juste titre les phénomènes de communautarisme. C'est de plus une approche qui mérite d'être diffusée au niveau européen pour combattre les replis communautaristes trop souvent encouragés et assurer une vraie stabilité à notre continent, tout en assurant à chacun l'épanouissement auquel il a droit dans sa/ses langue(s) et sa/ses culture(s).

Par ailleurs l'identité est une dynamique positive émanant du groupe humain considéré et qui s'appuie sur des traits constructifs en termes de contribution au sein de la société générale, et non sur un " racisme commun", trait négatif, subi, extérieur, destructeur , jamais valorisant. De plus, les Rroms et les Gaʒés du voyage sont loin d'être les seules victimes de racisme, il y a des centaines de groupes humains, qui ne sont pas forcément riches d'une identité féconde (drogués, machistes, caïds, mafieux etc...). On ne peut mettre tous les groupes humains sur le même plan ni faire de toute identité une valeur en soi : il faut savoir de quel type d'identité on parle : repliée sur elle-même, néfaste, destructrice, véhiculant des contre-valeurs ou au contraire ouverte, positive, constructive et enrichissante.

 

 

B) L'autre élément indispensable est la nécessité de distinguer le plan du mode de vie (sédentaire ou mobile, ce dernier partagé aussi bien par les forains et les bateliers que par les Sintés et Rroms Lovara ou Ćurara etc...) du plan de l'identité culturelle et linguistique qui est celui des Rroms, Sintés et Kalés. A cette distinction il est souvent répondu que les « GdV » ont une identité spécifique ; or cet argument n'est en rien pertinent, d'abord parce qu'il n'a rien à voir avec l'identité des Rroms, Sintés et Kalés, mais surtout parce que tout groupe humain développe une identité à lui, y compris les scouts, les polytechniciens, les taulards, les fans de Jennifer Lopez, les marins pêcheurs, les orthodoxes, les végétariens, les drogués, les machistes, les caïds, les mafieux etc...). En outre, toute identité est influencée par l'idéologie dominante et doit être considérée avec circonspection. C'est l'idéologie dominante qui a déplacé chez certains Rroms, Sintés ou Kalés l'identité ancestrale vers celle de « GdV » - au moins dans leurs déclarations aux officiels.

Et surtout, il faut éviter de centrer une identité sur la victimisation. Il est essentiel de souligner que le fait de centrer une identité sur la victimisation a deux conséquences très graves :

- on oblitère la véritable identité féconde d'un peuple réduit à la qualité d'objet de compassion – péché mignon des ONG qui traitent les membres de groupes qui ne répondent pas aux critères de la société dominante comme des enfants ou des handicapés mentaux, essayant de faire leur bien sans eux, en les muselant, les minorisant, leur accordant quelque obole avec une condescendance souvent inconsciente, tout en niant leur langue, leurs aptitudes, leurs coutumes, leur sensibilité en une sorte de culturocide paternaliste, ce qui est une forme de négationnisme ou d'amputation d'un patrimoine essentiel de l'humanité, et donc une attitude raciste dans son essence;

- on met l'emphase sur la revendication catégorielle, le conflit social et la désintégration, donc l'agressivité défensive est rapidement récupérée comme offensive par la société dominante, et on renforce le racisme – en faisant de l'anti-racisme une marchandise avec ses lois du marché et des subventions.

Dans cette perspective, nous sommes inquiets de la tendance actuelle à reconnaître progressivement les « minorités visibles », car cette conception découle mécaniquement de la victimisation aveugle : une minorité n'est visible que parce que les autres la voient, et non pas parce qu'elle se sent vivre en tant qu'une entité en évolution, en contact et en échange avec d'autres identités qui l'entourent. Or, la « minorité visible » ne peut qu'être objet de politiques d'égalisation avec les autres, comme est pratiquée dans un certain nombre de pays la discrimination positive ou l'action affirmative. Ce type de politiques n'a pas fait ses preuves, et nous observons dans des pays d'Europe centrale ou dans les Balkans une dégradation sévère de la situation générale, parallèlement à la création d'une classe de caciques que la discrimination positive a mis au devant de la scène. Ces caciques n'ont que faire du bien de leur communauté et agissent seulement en qualité de vedettes, souvent marionnettes d'un pouvoir étranger à la communauté. Ils font souvent dans la communauté autant de mal que les racistes à l'extérieur – un lien existe d'ailleurs souvent entre les deux. L'idée qui sous-tend ces politiques est celle de l'égalisation au fur et à mesure que les différences s'effacent par l'ignorance persistante à leur égard. Sur le plan de l'efficacité, il suffit de rappeler qu'aucune politique, y compris violente, - n'a réussi à effacer totalement l'identité rromani. Sur le plan de l'éthique, il est inacceptable qu'au 21e siècle, alors que le discours sur la diversité élève celle-ci, à juste titre, au sommet des facteurs de cohésion, les comportements l'ignorent, ou au meilleur des cas la déforment et la relèguent à la sphère privée, poussent au repli communautaire et à des formes d'intégrisme.

Par conséquent, les associations signataires recommandent :

  1. La reconnaissance des Rroms, Sintés et Kalés comme une minorité sans territoire compact, présente en France depuis le 15e siècle, caractérisée par une origine indienne commune et une langue spécifique, également d'origine indienne, le rromani, référence commune aux Rroms, Sintés et Kalés partout en Europe et au-delà ;
  2. Le soutien à l'affirmation de cette identité rromani par des politiques publiques en tant que partie intégrante de l'identité nationale française et de l'identité européenne – y compris la promotion de l'usage du rromani dans l'enseignement et un effort soutenu pour faire connaître les Rroms, Sintés et Kalés à tous leurs concitoyens ;
  3. L'exploitation de manière optimale des possibilités existantes pour une affirmation saine et sereine de l'identité rromani, telles que l'existence d'une section d'études de langue et de civilisation rromanies à l'Institut des Langues et Civilisations Orientales à Paris, par :

a) L'utilisation optimale de l'expertise qui a pu se constituer dans cette section depuis 1997 dans le domaine de la recherche sur les Rroms afin de diffuser auprès du grand public des informations permettant de combattre toutes les formes d'antitsiganisme ;

b) L'institution d'un programme de bourses pour les candidats à ces études, tant ressortissants français qu'étrangers, le cas échéant dans le cadre d'initiatives et de programmes internationaux tels que les programmes de l'Union européenne et le Fond pour l'Education des Rroms

c) L'information qui est scandaleusement absente sur la question fondamentale « Qui sont les Rroms ? » allant de l'insertion dans les manuels scolaires d'explications sur notre peuple à la divulgation de l'internement et du génocide qu'il a subi lors de la seconde guerre mondiale, le silence sur ce point étant la preuve d'un négationnisme caractérisé : la masse des citoyens membres de la société dominante ne connaissant des Rroms que leur musique, qu'ils apprécient, mais ignorant totalement leur littérature, leur histoire, leurs coutumes.

 

  1. L'ouverture de l'espace public à l'utilisation de la langue rromani, notamment en ce qui concerne les médias et l'enseignement
  2. L'abrogation des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l'égard des «gens du voyage », et l'inscription immédiate de ceux-ci dans le droit commun
  3. Le traitement distinct, tant du point de vue des structures compétentes que des règles applicables, de la question du mode de vie mobile d'un certain nombre de citoyens d'une part et de l'identité culturelle des Rroms, Sintés et Kalés et d'autre part, ces derniers étant définis conformément au point 1.
  4. Alors que la mobilité est de plus en plus promue par les politiques publiques notamment dans le domaine professionnel, sa criminalisation lorsque ce sont des Rroms qui la pratiquent doit être supprimée de la législation. Le droit de circuler, impliquant aussi celui de stationner, de s'arrêter et de reprendre le voyage, tel que reconnu à l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme doit bénéficier de mécanismes législatifs nationaux lui permettant son exercice plein et entier.

L'étude de l'histoire révèle que les Rroms, Sintés et Kalés ont toujours prospéré de manière satisfaisante en harmonie avec les règles des pays où ils vivaient, sauf là où ils étaient victimes d'antitsiganisme ou bien étaient réduits à l'assistanat par des politiques prétendues humanitaires, en réalités marginalisantes. Il est donc indispensable de combattre en profondeur toutes les racines de l'antitsiganisme – objectif qui peut être atteint en 20 ans si les politiques s'en donnent les moyens et de revoir également en profondeur les diverses formes de soutien aux Rroms, Sintés et Kalés pour transformer l'assistanat en dynamisation de l'éducation.

Ceci ne peut se réaliser que si les deux axes évoqués plus haut sont pris en considération de manière effective et que si les actions entreprises en France sont articulées avec celles développées dans les autres pays de l'Union européenne et en même temps harmonisées avec la promotion des autres minorités en France, toujours dans une perspective de communication, de respect mutuel et d'échange citoyens.

Dr. Marcel COURTHIADE Saimir MILE

Union rromani internationale La voix des Rroms

Jeanne GAMONET

Centre AVER de recherche et d'action sur toutes les formes de racisme

Brahim MUSIĆ Jean SARGUERA

Ternikano Berno – Youth Circle Centre culturel gitan


Publié par voxrromorum à 22:19:44 dans Les Rroms acteurs | Commentaires (1) |

Quand tout passe comme une lettre à la poste | 20 septembre 2007

Le projet de loi Hortefeux sur l'immigration a été voté par l'Assemblée Nationale. L'amendement instituant un test ADN pour les candidats au regroupement familial est passé. L'amendement instituant la collecte de données ethniques des candidats à l'immigration est passé. La disposition qui met l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) sous la tutelle du ministère de l'immigration et de l'identité nationale est passée aussi, tout comme celle ramenant à 15 jours, au lieu d'un mois, le délai pour faire appel devant la Commission de recours des réfugiés quand cet OFPRA, désormais aux ordres du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, refuse de reconnaître le statut de réfugié.

C'est normal, l'UMP a la majorité parlementaire. C'est la démocratie. Tiens, n'est pas des démocraties que sont nées les pires dictatures dans l'histoire? D'ailleurs, dans celles-ci l'homme ordinaire a joué un rôle de premier plan: le rôle de la passivité, sans lequel aucun dictateur ni aucune dictature ne saurait perdurer.

Publié par voxrromorum à 09:39:12 dans Ambiance générale | Commentaires (0) |